ERC Proof of Concept 2025 : trois chercheurs grenoblois récompensés par l'Europe

Distinction / Prix Innovation, Recherche
le  31 mars 2026
L'écosystème scientifique grenoblois confirme son rayonnement européen. Trois des 26 lauréats français de l'ERC Proof of Concept 2025 sont grenoblois. Deux sont enseignants-chercheurs à l'Université Grenoble Alpes (UGA), la troisième est chercheuse à l'Inserm au sein d'un laboratoire grenoblois. C'est près d'un huitième des projets français récompensés qui sont ainsi portés par l'écosystème UGA, une concentration rare à l'échelle nationale.

Le Conseil Européen de la Recherche a mis en place en 2011 les financements additionnels Proof of Concept pour permettre aux lauréats d'une bourse ERC d'explorer le potentiel d'innovation de résultats prometteurs issus de leur projet. Ce dispositif est réservé aux chercheurs ayant déjà été distingués par l'ERC. Chaque subvention s'élève à 150 000 euros sur 18 mois. Elle est destinée à aider les bénéficiaires à combler le fossé entre la science fondamentale et les applications concrètes : tester la faisabilité d'un concept scientifique, explorer des opportunités commerciales ou préparer une demande de brevet.

En 2025, le nombre total de Proof of Concept atteint 300 lauréats, pour un budget global de 45 M€. Au total, 879 propositions ont été évaluées sur l'ensemble de l'année, dans 23 États membres et pays associés. La France compte 26 lauréats sur les deux vagues de l'année

Donald Martin (LMGP) : stocker de l'énergie à la manière du vivant

Donald Martin est professeur à la Faculté de Pharmacie de l'Université Grenoble Alpes, au laboratoire LMGP (CNRS, UGA – Grenoble INP-UGA). Chercheur en ingénierie biologique, il a obtenu en 2024 un ERC Advanced Grant pour son projet Energion, dont le Proof of Concept Capion est directement issu.

L'objectif d'Energion est de redéfinir le concept d'ingénierie biologique en menant des recherches fondamentales sur l'assemblage de systèmes nanostructurés de cellules artificielles, combinant protéines, biomolécules et lipides avec des matériaux synthétiques. Le projet Capion (Capattery ion gradient based bioelectrochemical energy storage system) prolonge ces travaux vers une application concrète : un système de stockage d'énergie « vert » inspiré de la biologie, capable de stocker de l'énergie convertie en courant électrique stabilisé, sans avoir besoin d'être rechargé électriquement.

Florent Brenguier (ISTerre) : le bruit des trains au service de la prévention sismique

Florent Brenguier, sismologue à l’Institut des Sciences de la Terre (ISTerre), porte le projet ERC Proof of Concept SAFE (Seismic Traffic Awareness), dédié au développement d’un outil opérationnel de suivi du trafic routier.

Dans un contexte où les accidents de la route représentent un coût majeur en Europe, SAFE propose une solution innovante pour mesurer et analyser les flux de circulation en temps réel. Le dispositif repose sur des capteurs sismiques enterrés, capables de détecter le passage des véhicules et d’en estimer la vitesse, sans collecte de données personnelles. Léger, discret et déployable à grande échelle, cet outil permet de caractériser finement le trafic (intensité, vitesses, zones à risque) et d’apporter des données utiles aux politiques de sécurité routière et d’aménagement. Un premier déploiement de 50 balises est prévu sur le campus de Saint-Martin-d’Hères, avant un développement l’échelle métropolitaine puis nationale. Issu d'un ERC Consolidator Grants (2018 - 2025), SAFE s’inscrit dans une démarche de valorisation avec un projet de création de start-up accompagné dans le cadre du Pôle universitaire d’innovation (PUI) Grenoble Alpes.

Homaira Nawabi (GIN / Inserm) : réparer le système nerveux central

Homaira Nawabi est directrice de recherche Inserm à l'Institut des Neurosciences de Grenoble (GIN : Inserm, UGA). Son équipe travaille sur l'une des grandes énigmes de la neurobiologie : le système nerveux central n'est pas capable de se réparer spontanément, et toute lésion chronique ou traumatique entraîne des handicaps moteurs, cognitifs ou sensoriels permanents.

En septembre 2017, Homaira Nawabi avait déjà obtenu un ERC Starting Grant, qui a débuté en 2018, pour son projet DRIVE sur la formation de circuits nerveux après lésion. Son Proof of Concept 2025, baptisé Popeye (Peptidomimetic therapy to promote central Nervous System repair), s'inscrit dans cette continuité. Avec son équipe, elle a mis en place une approche peptidomimétique, en collaboration avec Sabine Chierici du Département de Chimie Moléculaire de l'UGA et Stephane Belin du GIN, pour constituer une banque de mimes peptidiques favorisant la régénération du système nerveux central. Le projet Popeye vise à transformer ces candidats en véritables candidats-médicaments, ouvrant la voie à des thérapies inédites pour les lésions du nerf optique et de la moelle épinière ou les maladies neurodégénératives.

Trois projets, trois laboratoires grenoblois, trois domaines scientifiques distincts, et une même capacité à faire le pont entre recherche fondamentale et impact concret. Une illustration supplémentaire de la diversité et du dynamisme de l'écosystème scientifique grenoblois.

Publié le  31 mars 2026
Mis à jour le  1 avril 2026