Cancer héréditaire : quand le système immunitaire entre en jeu

Recherche, Santé
le  26 janvier 2026
Pourquoi certaines personnes porteuses d’une mutation génétique développent-elles un cancer plus tôt que d’autres, ou des formes différentes de la maladie ? Une étude internationale coordonnée par des chercheurs de l’Institut pour l’avancée des biosciences (IAB – UGA, Inserm, CNRS) apporte un nouvel éclairage sur cette question, en mettant en évidence le rôle du système immunitaire dans le syndrome de Li-Fraumeni, une maladie génétique rare associée à un risque élevé de cancers.
Le syndrome de Li-Fraumeni est causé par des mutations héréditaires du gène TP53, un gène clé de la protection contre les tumeurs. Les personnes porteuses de ces mutations sont exposées à un risque très important de développer un cancer au cours de leur vie, souvent dès l’enfance ou le début de l’âge adulte. Pourtant, l’âge d’apparition des cancers et leur nature varient fortement d’un individu à l’autre, sans que ces différences soient jusqu’ici totalement comprises.

Pour tenter d’expliquer cette variabilité, les scientifiques se sont intéressés à un facteur encore peu exploré : la capacité du système immunitaire à reconnaître certaines mutations du gène TP53. Ils ont analysé le potentiel « néoantigénique » de ces mutations, c’est-à-dire leur aptitude à être détectées comme étrangères par les défenses immunitaires. Ces données ont ensuite été croisées avec des informations génétiques et cliniques provenant de cohortes internationales regroupant plusieurs milliers de patients atteints du syndrome.

Une reconnaissance immunitaire associée à un risque modulé

Les résultats révèlent que les personnes porteuses de variants de TP53 susceptibles d’être reconnus par le système immunitaire développent, en moyenne, leur premier cancer plus tardivement. Elles présentent également moins fréquemment certains cancers caractéristiques du syndrome de Li-Fraumeni, comme les sarcomes des tissus mous et de l’os. Si cette réponse immunitaire ne suffit pas à empêcher la survenue des cancers, elle semble néanmoins en influencer le risque et l’évolution.

Ces travaux ouvrent des perspectives importantes pour la prise en charge des cancers héréditaires. À terme, ils pourraient permettre d’affiner l’évaluation individuelle du risque et d’adapter plus finement les stratégies de surveillance et de prévention chez les patients concernés. Plus largement, l’étude illustre le rôle majeur que peuvent jouer les interactions entre génétique et immunité dans la compréhension et la gestion des maladies héréditaires.

Les chercheurs ayant coordonné cette étude (de gauche à droite) : Dr. Emilie Montellier, première auteure (Inserm), Prof. Christian Kratz (MHH, Allemagne), Dr. Gaëlle Bougeard (Université de Rouen Normandie) et le regretté Prof. Pierre Hainaut (Université
Les chercheurs ayant coordonné cette étude (de gauche à droite) : Dr. Emilie Montellier, première auteure (Inserm), Prof. Christian Kratz (MHH, Allemagne), Dr. Gaëlle Bougeard (Université de Rouen Normandie) et le regretté Prof. Pierre Hainaut (Université Grenoble Alpes).

Crédits photo (de gauche à droite) : Elotine Photo, Christian Wyrwa / wyrwa fotografie, Gaëlle Bougeard, Thomas Bianchin.
Publié le  26 janvier 2026
Mis à jour le  26 janvier 2026