Expédition 5300 : la santé des femmes sous la loupe à 5 300 m d'altitude

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le  22 octobre 2026
© Axel PITTET – PERCEPTIOM, agence de communication scientifique
© Axel PITTET – PERCEPTIOM, agence de communication scientifique
Après 3 semaines au Pérou, l'équipe du GIS Expédition 5300, porté par l'Université Grenoble Alpes et l'Inserm, et soutenue par la Fondation UGA, est devenue en octobre 2026 la première à étudier la santé des femmes vivant en permanence à très haute altitude.
Du 30 septembre au 18 octobre 2026, l'équipe d'Expédition 5300 s'est installée à La Rinconada, au Pérou. Cette ville minière des Andes, la plus haute du monde, abrite 50 000 habitants qui vivent toute l'année entre 5 100 et 5 300 mètres d'altitude, avec environ moitié moins d'oxygène qu'au niveau de la mer. Après deux cycles de missions consacrés à la santé des hommes, puis à celle des enfants, cette troisième phase portait pour la première fois sur la santé des femmes, jusqu'ici jamais étudiées.

La Rinconada au Pérou à 5300 m d'altitude
La Rinconada au Pérou à 5300 m d'altitude © Axel PITTET – PERCEPTIOM, agence de communication scientifique

Une hypothèse : les hormones féminines protégeraient du manque d'oxygène

Pour compenser le manque d'oxygène, l'organisme des habitants produit une quantité très élevée de globules rouges. Cette adaptation a une contrepartie : le sang devient plus visqueux, circule moins bien et le travail du cœur s'en trouve accru, c'est le « mal chronique des montagnes ». Sur le terrain, les femmes semblent nettement moins touchées par ce syndrome.

« Nous faisons l'hypothèse que les hormones féminines permettent une meilleure adaptation à l'hypoxie », explique Samuel Vergès, directeur de recherche Inserm au sein du Laboratoire hypoxie et physiopathologies cardiovasculaires et respiratoires (HP2 - UGA/CHUGA/Inserm) et directeur du GIS Expédition 5300. Si elle se vérifie, cette protection pourrait s'atténuer après la ménopause. Pour la tester, l'équipe a comparé quatre groupes : femmes et hommes de 18 à 35 ans, femmes ménopausées et hommes de 50 à 70 ans, une répartition qui permet de distinguer l'effet du sexe de celui de l'âge.

Un laboratoire de physiologie reconstitué à 5 300 m

Plusieurs centaines de kilos de matériel ont été acheminés depuis la France et installés dans le dispensaire de la ville, qui ne dispose ni d'eau courante, ni de chauffage, ni de structure médicale moderne. Six postes d'examen y ont été reconstitués : consultation clinique, hématologie et biologie, explorations vasculaires, échocardiographie, mesures ventilatoires et évaluations neurocognitives. Chaque volontaire y passait environ trois heures, puis emportait chez lui un enregistreur de sommeil pour la nuit.

Les conditions de travail ont été éprouvantes : froid, coupures de courant fréquentes interrompant les appareils de mesure, journées dépassant parfois douze heures, et un mal aigu des montagnes subi par l'équipe elle-même, malgré une étape d'acclimatation à Juliaca (3 824 m).

Examens cliniques lors de l'Expédition 5300 sur la santé des femmes à La Rinconada au Pérou à 5300 m d'altitude
Examens cliniques lors de l'Expédition 5300 sur la santé des femmes à La Rinconada au Pérou à 5300 m d'altitude © Axel PITTET – PERCEPTIOM, agence de communication scientifique

En dix-huit jours, la mission a permis de recueillir :

 

80

volontaires évalués, dont plus de 50 femmes

+ de 700

échantillons sanguins, prélevés et congelés

150

enregistrements échographiques

60

nuits de sommeil enregistrées

+ de 200

tests neurocognitifs

une centaine

de consultations cliniques


Ces données inédites permettront d'étudier la production de globules rouges, le rôle des hormones féminines, la fonction cardiovasculaire, la réponse de la respiration à une modification de l'air inspiré, les pauses respiratoires pendant le sommeil, ainsi que la mémoire, l'attention et la flexibilité mentale.

Une recherche qui profite d'abord aux habitants

La relation avec les participantes et participants a été au cœur de la mission. Chaque évaluation commençait par un échange (présentation du protocole, questions, consentement) et comprenait une consultation médicale complète, avec orientation vers les professionnels adaptés de Juliaca ou Puno en cas de besoin. Chacun est reparti avec un bilan de santé établi par les médecins de l'équipe, dans une ville où l'accès aux soins demeure très limité. L'équipe a par ailleurs présenté aux habitants les résultats des missions précédentes et diffusé trois affiches de conseils de santé en espagnol.

« Cette fois, nous sommes venus spécifiquement pour la santé des femmes, et leur place, d'un point de vue culturel et social, est particulière ici. Je pense que l'équipe est fière d'essayer de donner de l'importance à ces femmes, dans cette société où tout est centré sur les hommes, les mineurs. Nous espérons que cela engagera d'autres changements, qui permettront d'améliorer les conditions de vie à La Rinconada », témoigne Samuel Vergès.

Des résultats utiles aussi en plaine

La portée de ces travaux dépasse la haute altitude. En France, les patients atteints d'apnée du sommeil ou de maladies respiratoires chroniques vivent avec des niveaux d'oxygénation comparables à ceux des habitants de La Rinconada. Savoir si femmes et hommes répondent différemment au manque d'oxygène, et si cette réponse évolue après la ménopause, devrait permettre de mieux adapter le suivi de ces patients.

Et maintenant ?

De retour en France, l'équipe débute l'analyse des données, un travail de plusieurs mois qui donnera lieu à des publications scientifiques. Le programme continue en 2027 : une mission à Lima au printemps, pour évaluer un groupe témoin au niveau de la mer, puis une nouvelle mission à La Rinconada en octobre 2027, pour élargir les effectifs.
« C'est un long travail d'analyse qui commence maintenant. Une telle expédition, avec quinze jours de collecte de données, représente une quantité de données énorme. D'autres données viendront aussi des prochaines missions sur la santé des femmes : une mission en altitude pour compléter le jeu de données recueilli ici, et une mission en plaine pour avoir des données contrôles. »
— Samuel Vergès
 

Mise en place d’un Groupement d’intérêt scientifique

Depuis début 2026, Expédition 5300 est constitué en Groupement d’intérêt scientifique (GIS), une forme de partenariat qui engage plusieurs établissements sur un programme de recherche commun. Cinq d’entre eux en sont fondateurs : l’Université Grenoble Alpes, l’Université Claude Bernard Lyon 1, l’Université de Poitiers, l’École nationale des sports de montagne et le CHU Grenoble Alpes. L’Inserm et l’IRD en sont partenaires, et la direction est confiée à Samuel Vergès.
Les signataires y engagent des moyens humains et financiers sur un programme pluriannuel, organisé autour de trois axes : la santé des femmes en haute altitude, les effets de la durée d’exposition et du vieillissement, la prise en charge des intolérances au manque d’oxygène.
Publié le  22 octobre 2026
Mis à jour le  22 octobre 2026