Recherche, Valorisation
La doctorante en cotutelle entre l’Université Grenoble Alpes et l’université de Swansea a reçu son prix le 12 octobre 2016 dans le cadre de l’événement «Génération Jeunes Chercheuses» organisé par la Fondation L’Oréal.
Caroline Bissardon, 25 ans, vient d'être récompensée par la bourse L'Oréal-UNESCO pour ses travaux sur le sélénium. La jeune femme qui s'apprête à soutenir sa thèse en décembre étudie comment cet élément géologique influe sur le fonctionnement du cartilage articulaire afin de comprendre son rôle sur le métabolisme cellulaire et son impact sur la structure du tissu. Son sujet de thèse préfigure une discipline répandue aux Etats-Unis et en Chine, mais pas encore implantée en France : la géologie médicale. «Il s'agit de montrer que l'environnement et la santé sont fortement corrélés. En Chine, il y a une zone où les sols sont déficients en sélénium et du coup, l'alimentation produite dessus est pauvre en sélénium. On s'est aperçu qu'une corrélation existe entre ces régions pauvres en sélénium et de l'apparition d'une maladie dégénérative du cartilage et des os, qui s'appelle la maladie de Kashin-Beck», explique la doctorante.

Bifurcation

A l'origine, Caroline Bissardon se destinait plutôt à la physique fondamentale, voire à l'astrophysique. Deux visites successives au CERN lorsqu'elle était encore lycéenne l'avaient enthousiasmée. «J'hésitais entre médecine et astrophysique. Au CERN, j'ai été impressionnée par l'instrumentation, les recherches et par l'univers en général…», se souvient-elle. Après un Bac S obtenu en 2008, elle poursuit ses études à l'université Claude Bernard à Lyon où elle obtient sa licence et son master en physique fondamentale et subatomique. «Ensuite, j'ai candidaté pour une thèse au synchrotron en radiothérapie, mais la place était déjà prise. Alors l'un de mes directeurs de thèse actuel m'a proposé de passer l'entretien pour travailler sur ce sujet innovant sur le sélénium. Je voulais aller de l'avant, j'ai accepté. Je me suis jetée dans le travail à corps perdu, pour la bonne cause !», raconte-t-elle. Elle ne regrette pas cette bifurcation dans son parcours. Au contraire, cette expérience lui a permis de s'ouvrir l’esprit. «J'ai touché un peu à tous les domaines et à beaucoup techniques. J'ai fait des expériences utilisant plusieurs techniques synchrotron, je me suis initiée à la biologie moléculaire, une chance qui n'est pas offerte à tout le monde…»

Goutte de sirop

Caroline Bissardon a effectué ses travaux de recherche au sein du laboratoire ISTerre (UGA/CNRS/IRD/USMB/IFSTTAR, OSUG), de l'équipe Rayonnement synchrotron et recherche médicale (UGA, EA 7442) et du Center for Nanohealth de l'Université de Swansea au Pays de Galles. Elle a utilisé l'«European Synchrotron Radiation Facility» (ESRF) de Grenoble afin d'aller sonder la matière et de voir quelles sont les modifications de la matrice du cartilage, autour des cellules. «J'essaie de voir comment un excès ou une déficience en sélénium entraîne des modifications de structures. J'ai aussi utilisé le synchrotron pour évaluer la position du sélénium, qui est un élément très dilué dans l'organisme. C'est comme verser une goutte de sirop dans une piscine olympique et vouloir détecter une molécule de ce sirop…. Pour le détecter, il faut une lumière très intense permettant de sonder la matière à de très petite échelle, afin de localiser le sélénium dans le tissu et de pouvoir étudier sa forme chimique par rapport à son environnement.» Grâce à sa bourse L'Oréal-UNESCO dotée de 15 000 euros, la jeune doctorante va pouvoir réaliser de nouvelles expériences qui lui permettront de finaliser ses articles. Elle pense aussi se rendre à plusieurs conférences internationales et passer quelques mois à Berlin pour apprendre une nouvelle technique, la protéomique, qui lui servira pour son post-doc. «Dans la recherche, j'aime découvrir de nouvelles techniques et des gens différents, enrichissants aussi bien intellectuellement qu'humainement. La recherche, c'est un travail d'équipe. A travailler seul, on se cantonne dans une idée qui n'est pas forcément la bonne… Travailler en collaboration, c'est se confronter aux idées des autres et mettre en perspective de nouveaux projets et de nouvelles idées», conclut-elle.
 
Mis à jour le  25 novembre 2016