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Colloque international sur la traduction
22 juin 2016 - 24 juin 2016
Ce colloque international sur les enjeux de la traduction est organisé conjointement par l'Université Grenoble Alpes et la Jawaharlal Nehru University de New Delhi.
Sur le thème : « Violets in a Crucible » – La Traduction comme lieu de passage, une vingtaine de spécialistes, universitaires renommés, venus de sept pays, des Etats-Unis à l’Inde, de l’Angleterre à l’Egypte, débattent lors d’ateliers auxquels plus d’une cinquantaine de participants est attendue. Comment faire passer d’une langue à une autre, d’un monde à un autre, une idée, une émotion, une narration profondément enracinée dans une culture sans en perdre l’unique substance ?

Lorsqu’il a traduit du sanscrit et révélé au public européen une des œuvres majeures de la littérature indienne, Sakuntala, du poète Kalidasa, l’orientaliste William Jones (1746-1794) a été un moment désarçonné par une métaphore incompréhensible pour un Européen où l’auteur compare le maintien de la belle princesse « à la grâce joueuse d’un éléphanteau ». Comment rendre cette comparaison pour un occidental qui n’a aucune idée de la grâce d’un éléphanteau, ni même de la place de l’éléphant dans l’imaginaire de la culture indienne ?

Le poète Shelley (1792-1822) lui-même jugeait la traduction de la poésie quasiment impossible et écrivit que c’était comme verser des violettes dans un creuset pour tenter d’en extraire l’arôme et la couleur. Pourtant, à l’heure où la mondialisation de l’économie entraine des mutations profondes, accompagnées d’un métissage accéléré des cultures, la traduction des langues et notamment de celles considérées comme secondaires face aux langues hégémoniques, comme l’anglais, joue un rôle clé dans la construction ou l’évolution des identités culturelles.

De l’artisanat de la traduction littéraire à l’industrialisation de la traduction technique, de l’homme aux robots informatiques et du papier à internet, s’ouvre un vaste champ d’études. Ainsi surgissent les interrogations : traduire les mots ou transposer les idées, introduire ou non des aides à la traduction par des logiciels ? Et derrière tout cela se profilent les bouleversements culturels induits par le métissage culturel et la disparition de langues dites secondaires et donc des cultures qu’elles véhiculent.

Le Professeur Ganesh Devy invité d’honneur

Invité d’honneur du colloque, le professeur Ganesh Devy est un spécialiste des langues indiennes et un militant de la défense des minorités linguistiques, sociétés tribales ou nomades en Inde. Il a fondé une organisation, la Bhasha Research and Publication Center, qui s’emploie à recenser les langues indiennes menacées avec l’aide de 3 500 correspondants, linguistes et historiens des sociétés. Elle a recensé 780 langues différentes. Son initiative a été couronnée par un prix de l’Unesco. « Chaque langue projette une façon originale de concevoir l’homme, la nature et la société, et il n’y a dans le monde ni deux langues ni deux conceptions identiques », explique Ganesh Devy.

Chaque langage porte une culture qui lui est propre, façonné par l’histoire de la population qui le parle, et reflète les rapports à la nature, le mode de vie, les façons de penser et de sentir de ce peuple. Chaque culture est une partie du patrimoine de l’humanité. En Europe, la Renaissance, dont le retentissement à été considérable sur l’évolution de la société, est née d’un retour aux sources de la culture classique grecque et latine. « En Afrique, quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle », déclarait en 1960 l’écrivain africain Amadou Hampâté Bâ devant l’assemblée de l’Unesco. Lorsqu’une langue disparait c’est aussi une partie du patrimoine des connaissances de l’humanité qui disparait.

Localisation

Saint-Martin-d'Hères - Domaine universitaire
22 et 24 juin : salle Jacques Cartier, Maison des langues et des cultures
23 juin : amphithéâtre de la Maison des sciences de l'homme Alpes
Publié le  21 juin 2016
Mis à jour le  24 juin 2016