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Thomas Lebarbé est professeur en humanités numériques. Après avoir conduit ses travaux au laboratoire Linguistique et didactique des langues étrangères et maternelles (Lidilem) de l’Université Grenoble Alpes, il a rejoint l'unité mixte de recherche Litt&Arts en décembre 2016.

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La boite à questions

Quel est le lien entre l’édition numérique et l’édition papier ? En quoi l’édition numérique est-elle utile au chercheur ?

Thomas Lebarbé : L’édition numérique est un moyen de mettre à disposition du public nos données de travail. C’est aussi un moyen de travailler différemment de l’édition papier. On fabrique encore à partir de ces sources d’auteur des éditions papier qui sont présentes dans les bibliothèques et qui arrêtent à un moment donné la connaissance. Mais l’édition numérique permet d’aller au-delà, de donner d’autres regards sur ces informations et de viser d’autres publics, tout en ayant la possibilité de mettre à jour ce qu’on ne peut pas mettre à jour dans un livre papier.

Vous être informaticien-linguiste. Pourquoi vous être intéressé aux brouillons d’auteurs ?

T. L. Ma thèse portait sur l’analyse par l’ordinateur de la langue écrite tout en faisant un lien avec la langue orale. Etant l’un des rares chercheurs en informatique-linguistique au sein de la Faculté de Lettres, j’ai été contacté par une collègue qui souhaitait mettre en ligne les manuscrits de Stendhal. Quand j’ai vu ces manuscrits, j’ai vu avant tout un matériau linguistique, alors qu’elle y voyait un matériau littéraire. Ensemble, nous avons construit un matériau à la fois linguistique et littéraire.

En quoi l’approche du linguiste se différencie-t-elle de l’approche littéraire dans l’analyse d’un brouillon d’auteur ?

  T. L. Les objectifs du linguiste sont de décrire comment fonctionne la langue à partir de phénomènes constatés. Mes phénomènes, ce sont les brouillons d’auteurs. Nous essayons de décrire comment un auteur retravaille son texte, le réécrit, le reformule. Le littéraire s’intéresse plus à l’œuvre, à l’auteur. La linguistique aura plus une approche du phénomène tandis que la littérature aura un regard plus large sur l’œuvre et sa création, ce qu’on appelle la génétique des textes.

Vous intéressez-vous à des auteurs en particulier ?

T. L. J’ai commencé mon travail sur Stendhal à l’université Stendhal dans la ville de Stendhal. Mais je m’intéresse à différents auteurs, de différentes périodes, ceux qui ont laissé des traces manuscrites. Il s’agit d’auteurs du début du 19e siècle jusqu’à la fin du 20e siècle. Je travaille sur des auteurs contemporains comme Jean-Philippe Toussaint, mais aussi sur des auteurs comme Marcel Proust et Jules Michelet qui est reconnu comme historien de la Révolution française, et qui, lui aussi, a laissé des manuscrits.

Aujourd’hui, la plupart des écrivains écrivent à l’ordinateur… Comment ferez-vous quand les brouillons auront disparu ?

T. L. Les auteurs travaillent maintenant avec des outils numériques qui ne laissent pas de trace de leur fonctionnement. D’ici quelques années, ils ne laisseront plus de brouillons. Nos objets d’étude n’existeront plus, mais nous avons des siècles de sources d’auteurs derrière nous, ce qui devrait nous fournir suffisamment de travail pour les cinquante années à venir !
Publié le 10 janvier 2017
Mis à jour le 8 février 2017

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